L’ingénieur Madoche Jean Louis est spécialiste et chercheur en sciences côtières et en océanographie. Originaire des Côtes-de-Fer, Sud-Est, Haïti, il est titulaire d’une licence en génie civil obtenue à l’Instituto Tecnológico de Pachuca au Mexique et d’une maîtrise en sciences (MSc) en génie hydraulique et développement des bassins versants de l’IHE Delft Institute for Water Education aux Pays-Bas. Actuellement doctorant à la Louisiana State University (LSU) aux États-Unis, il mène des recherches et publie sur l’hydrologie, l’hydrodynamique ainsi que sur les impacts de l’urbanisation et de la déforestation sur les inondations en milieu urbain. Il œuvre activement pour Haïti en enseignant à l’Université d’État d’Haïti (UEH) et en s’engageant au sein de l’Haitian Graduate Student and Early Career Professional Alliance (HGSECPA). Par son parcours exemplaire, il montre comment la persévérance et l’engagement peuvent être mis au service du développement scientifique et éducatif d’Haïti.
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ToggleAux origines d’un parcours hors du commun
Madoche Jean Louis est né aux Côtes-de-Fer, dans le Sud-Est d’Haïti, au sein d’une famille chrétienne de huit enfants. Avant-dernier de la fratrie, son enfance a été bercée par un attachement à la nature, les loisirs et des liens familiaux qui ont nourri son courage et sa détermination. Il passait certains après-midis à Lasous, et Gran Rivyè, là ou la communauté puise de l’eau, et qui est aussi un espace d’histoires, social, de loisirs et de souvenirs.
Il a effectué ses études primaires et secondaires à l’École Wesleyenne de Macieux, puis a poursuivi au Lycée Antoine et Georges Izmery à Delmas pour ses BAC I et II. Élève intelligent mais aussi un peu turbulent et hyperactif, Madoche a puisé son inspiration dans des modèles proches de lui, comme son père Clébert Jean Louis, instituteur, et son grand frère Cléberson, qu’il surnomme affectueusement « le GOAT », son véritable mentor. Son père exprimait avec fierté, par des paroles motivantes, toute l’importance qu’il accordait à l’éducation en disant : « Mwen se yon nèg rich, paske pitit mwen al lekòl ». Ayant grandi dans cette atmosphère familiale, Madoche a été profondément imprégné de la valeur de l’éducation. Après ses études classiques, il a naturellement voulu suivre les traces de ses frères aînés en choisissant de poursuivre à l’université.
Études au Mexique
Après ses études classiques, Madoche, passionné de mathématiques et de physique, rêvait de devenir ingénieur. Lorsqu’il a vu une annonce dans Le Nouvelliste et entendu parler à la radio du programme « 300 becas para Haití » financé par le gouvernement mexicain, il n’a pas hésité à saisir cette opportunité. Ce rêve a pris vie lorsqu’il a obtenu la bourse qui lui a ouvert les portes du Mexique en 2015. Une fois sur place, il s’est rapidement intégré, adoptant la culture et la langue avec enthousiasme. Il y a brillamment poursuivi ses études en génie civil et a décroché son diplôme d’ingénieur, concrétisant ainsi l’ambition qu’il portait.
Mis à part la réussite académique, cette période a été marquée par des expériences professionnelles et des amitiés profondes. En 2018, Madoche a effectué un stage avec le professeur Jesús Lopez de la Cruz à l’Université de Colima, au Mexique. C’est là qu’il a commencé à développer un intérêt pour l’hydrologie et les sciences connexes. Il a aussi tissé des liens amicaux avec beaucoup, des relations devenues presque familiales. Aujourd’hui, le Mexique occupe une place toute particulière dans son cœur. Madoche se réjouit encore des souvenirs culinaires, comme les tacos de tripa. Ce pays a largement contribué à façonner son ouverture d’esprit et à renforcer son optimisme.
Études en Hollande
Après avoir obtenu son diplôme au Mexique, Madoche, animé par le désir de continuer à nourrir son esprit, a choisi de poursuivre une maîtrise. À cette époque, il avait reçu trois offres de bourses : en Belgique, en France et aux Pays-Bas. Après réflexion, il a opté pour la Hollande, attiré par la réputation du pays dans le domaine des sciences de l’eau, de l’hydrologie et de la gestion côtière. Il a aussi voulu faire un choix qui le pousse hors de sa zone de confort et qui ouvre des horizons différents, puisque peu d’Haïtiens choisissent cette destination. Grâce à la bourse SIDS (Small Island Developing States scholarship), il a intégré l’IHE Delft, à Delft, en Hollande. Cette expérience a profondément enrichi sa manière d’aborder les sciences, en consolidant chez lui de la rigueur et un regard plus large sur le monde. L’enseignement se déroulait en anglais, ce qui a facilité son adaptation, d’autant que la plupart des Néerlandais parlent couramment cette langue. Il a ainsi décroché son diplôme de maîtrise avec succès.
Études aux États-Unis
Madoche ne voulait pas s’arrêter là. Avant même de terminer sa maîtrise, il avait déjà pour objectif d’entrer en doctorat. Il a multiplié les recherches en ligne — sur Google, LinkedIn, Twitter — pour trouver des professeurs offrant des opportunités. La LSU lui a fait une offre. Il y a ainsi commencé son doctorat avec un poste rémunéré qui couvre ses frais de subsistance. Bien qu’il ait dû affronter des défis d’adaptation culturelle, il considère ces obstacles comme des opportunités déguisées et les a surmontés avec discipline, détermination et une grande ouverture d’esprit.
Il participe à de nombreuses conférences, comme celle de l’American Geophysical Union et le One Ocean Science Congress. Il est également l’auteur de publications scientifiques portant sur la modélisation des effets de la distribution et de la densité de la végétation sur la connectivité hydrologique et l’âge de l’eau dans un delta fluvial, ainsi que sur les impacts de l’urbanisation et de la déforestation sur les inondations dans la ville de Cap-Haïtien en Haïti. Ses recherches reflètent un vif intérêt pour la gestion de l’eau, l’hydrologie et les relations entre les activités humaines et l’environnement.
Défis et adaptation
Vivre dans trois pays étrangers différents a offert à Madoche une vision presque panoramique du monde, des systèmes politiques et des multiples façons de vivre en société. Exposé à une grande diversité culturelle, ethnique et politique, il a beaucoup grandi, conscient que pour les jeunes Haïtiens — et plus largement pour ceux des pays en développement — l’école reste l’un des moyens les plus puissants de s’élever et de s’insérer dans les plus hautes sphères de ce monde. C’est, selon lui, une véritable voie d’ascension sociale.
Son intégration dans chaque pays n’a pas été sans défis. Le climat, surtout le froid, a parfois été un vrai obstacle qu’il affrontait en essayant de garder la tête haute, même s’il l’admet sans détour : il n’aime pas le froid. Au-delà de la météo, il a toujours cherché à s’immerger dans la culture locale, à parler la langue, participer aux activités étudiantes et se lier d’amitié. Pour lui, l’intégration passe avant tout par l’ouverture d’esprit et la volonté sincère de comprendre l’autre. Il est d’ailleurs charismatique, sociable et très ouvert pour se faire des amis.
Madoche a été marqué par les différences culturelles. Le Mexique se distingue par la richesse et la présence vivante de ses traditions coloniales, autochtones et populaires, perceptibles dans les danses, la gastronomie, les langues ou les fêtes locales. À l’inverse, aux Pays-Bas et aux États-Unis, il observe une culture plus occidentale, moderne et individualiste.Ce qui le surprend toujours en comparant ces sociétés à Haïti, c’est d’abord le niveau technologique, mais aussi la situation des écoles haïtiennes, que ce soit au niveau des infrastructures, des méthodes ou de l’accès à l’éducation. Ces contrastes sont précisément ce qui le motive à s’engager pour contribuer, à sa manière, à changer les choses.
Implication sociale et vision pour Haïti
Aujourd’hui, Madoche finalise sa thèse de doctorat tout en enseignant à l’Université d’État d’Haïti, une manière concrète pour lui de redonner à son pays. Il souhaite diriger des recherches en Haïti, agir comme consultant, publier sur le pays et, surtout, préparer les étudiants d’aujourd’hui à devenir les leaders de demain. Son objectif est clair : renforcer la capacité scientifique et académique locale grâce aux outils et compétences qu’il a acquis à l’étranger. Son lien avec Haïti reste indéfectible. Il retourne environ tous les 18 mois pour revoir sa famille, retrouver ses amis, se ressourcer, boire une Prestige bien fraîche ou encore se baigner a Zolityè le bassin de Gran Rivyè mythique de son enfance. Pour lui, ces moments sont essentiels pour garder vivant son ancrage au pays.
S’il pouvait changer une chose dans le système éducatif ou scientifique en Haïti, il commencerait par augmenter les investissements dans le secteur. Il veillerait ensuite à ce que les étudiants aient accès aux bases indispensables pour réussir : une connexion Internet stable, des bibliothèques bien fournies, des laboratoires fonctionnels et des environnements propices à la recherche. Pour Madoche, l’éducation ne peut avancer sans infrastructures solides. Il s’implique aussi activement dans diverses initiatives. En tant que l’un des coordonnateurs de l’Haitian Graduate Student and Early Career Professional Alliance (HGSECPA), il contribue à organiser des webinaires scientifiques qui invitent des chercheurs à partager leur savoir avec étudiants et professionnels. Il est également co-animateur du podcast DòtwaTalks, conçu pour inspirer en mettant en lumière des professionnels qui servent de modèles.
Philosophie de vie
Pour Madoche, le succès c’est faire ce qu’il aime, contribuer à sa communauté et être utile. C’est aussi servir Haïti avec ses compétences, ses idées et son engagement, et trouver dans cet accomplissement un véritable sens. Représenter son pays dans des salles de grandes universités, lors de conférences scientifiques internationales, et devant des chercheurs venus du monde entier est pour lui un immense honneur. Mais rien n’égale vraiment la lumière qu’il voit dans les yeux de ses parents, heureux et fier du chemin parcouru, une joie discrète qui donne à son parcours une profondeur unique. Sa vie est guidée par la détermination, la discipline, la résilience et un goût affirmé du défi. Il aime sortir de sa zone de confort et apprendre même lorsque cela exige des efforts considérables. Ce sont ces qualités qui l’ont porté, étape après étape, sur son chemin.
Message aux jeunes Haïtiens
À la jeunesse haïtienne, Madoche adresse un message clair et vibrant. Il les invite à avancer sans douter, convaincu que l’avenir appartient à ceux qui persévèrent et restent authentiques. Pour ceux qui rêvent d’étudier à l’étranger, il conseille d’apprendre à se débrouiller. « Tout est sur Internet. Il faut être curieux, patient et déterminé. Les opportunités existent, il suffit de les chercher et d’oser y croire. Ce n’est pas inaccessible. Le pire, c’est de ne même pas essayer. Avec un peu de sérieux, de détermination et surtout une volonté de fer, tout devient possible », affirme-t-il. Madoche aime rappeler ce proverbe : « ranje kabann ou avan dòmi jew », autrement dit, prépare ton lit avant de rêver. Pour lui, c’est un appel clair à passer à l’action sans attendre, à chercher, se former et oser dès maintenant.
Madoche croit fermement qu’il ne faut jamais douter et invite chaque jeune à avancer avec confiance et détermination. Pour lui, avec de la persévérance et de l’authenticité, l’avenir finit toujours par s’ouvrir. Son message est sans appel :
« Kenbe rèd, pa moli, pa dekouraje. Pran lekòl o serye ». Même si le chemin est long et semé d’embûches, garde en tête que l’éducation est une arme puissante. Crois en toi, travaille dur, et ne laisse personne définir tes limites. »
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