L’ingénieur Ruben Junior Desrosiers est un professionnel haïtien dont le parcours allie excellence académique, leadership et détermination. Classé 6ᵉ lauréat national au baccalauréat en 2016, il a obtenu une bourse qui l’a conduit à étudier le génie civil à l’Université Technologique de La Havane (CUJAE), à Cuba, où il a brillamment achevé son cursus. Son projet de fin d’études a porté sur l’interaction dynamique sol-structure appliquée aux bâtiments de Port-au-Prince, témoignant de son intérêt marqué pour la réduction du risque sismique en Haïti. Durant son temps à Cuba, il a également été président de la Communauté estudiantine haïtienne, qu’il a fondée avec d’autres membres. Actuellement, Ruben poursuit une maîtrise en génie des structures à l’Université Autonome Métropolitaine (UAM) au Mexique, tout en s’impliquant activement dans des initiatives éducatives et associatives afin de partager ses connaissances et d’inspirer la jeunesse haïtienne.
Table des matières
ToggleLe socle familial de son parcours
Son parcours, bien qu’empreint de travail et de persévérance, s’appuie profondément sur les valeurs transmises par sa famille. Il souligne que ses réussites ne sont pas uniquement le fruit de ses propres efforts, mais aussi le résultat d’un soutien indéfectible reçu dès son enfance. Son père, Énoc Desrosiers, lui répétait souvent : « On paie toujours l’excellence », une phrase devenue principe directeur de sa vie académique et professionnelle. Sa mère, Françoise Doresca, lui a offert un appui constant, l’encourageant à persévérer dans les moments les plus difficiles. Cet accompagnement familial, fait à la fois de rigueur et d’amour, a contribué à forger en lui un esprit de discipline, d’exigence et de résilience, qui continue de guider son cheminement.
Parcours scolaire classique : de la maternelle à la classe de philo
Ruben Junior Desrosiers a commencé son parcours éducatif au Kindergarten Lumière, à Simon, dans le Sud d'Haïti, où sa curiosité et sa capacité à comprendre rapidement la logique des nombres se sont fait remarquer. Il a ensuite poursuivi ses études primaires et secondaires au Collège Évangélique de la 1ʳᵉ Église Baptiste des Cayes (CEPEB), où son intelligence et son esprit de leadership lui ont valu la réputation d’un élève exceptionnel.
Au primaire, il s’est distingué par une attitude calme et discrète, accompagnée de solides résultats scolaires. Il participait aussi à des activités sportives comme le football, au cours desquelles il a un jour subi un choc nécessitant une hospitalisation. Malgré cet incident, il a brillé lors de l’examen officiel de 6ᵉ année en décrochant la distinction de 4ᵉ lauréat départemental du Sud, ce qui lui a valu à cet époque d’être honoré par la Structure «Ecolo-Jeune d’Haïti ».
À partir de la 7ᵉ et de la 8ᵉ année fondamentales, il s’est montré plus engagé et mieux intégré dans la vie de sa classe, faisant preuve d’un sens du leadership éclairé. Élu président de la classe en 7ᵉ année, il assumait cette responsabilité avec sérieux. En l’absence des professeurs, il organisait des séances de lecture en allant chercher des ouvrages à la bibliothèque pour ses camarades. Il travaillait également régulièrement en groupe avec d’autres élèves pour préparer les examens.
Son rôle de leader était largement reconnu, tout en continuant à se distinguer sur le plan académique. À l’examen officiel de 9ᵉ année, il a obtenu une moyenne remarquable de 88/100 (1242/1400). Ses matières de prédilection étaient les mathématiques et la physique, tout en développant un intérêt croissant pour les langues, notamment l’anglais et l’espagnol.
Après la 9ᵉ année, son implication, sa rigueur et ses réalisations académiques se sont encore renforcées. En philo, il a été élu président du comité de classe, un rôle qu’il a bien assumé en organisant, avec le comité, des sorties académiques ainsi que divers programmes. Le comité de philo a notamment organisé deux concours de génie interclasse, des activités de détente accompagnées d’un championnat interclasse, ainsi qu’un programme traditionnel propre aux promotions de philo appelé Chappelle, qui comportait un volet spirituel et culturel mêlant danse, poésie et autres expressions artistiques.
Parallèlement, son excellence académique s’est affirmée sur le plan national, puisqu’il s’est distingué comme 6ᵉ lauréat aux examens officiels de philo. Cette performance traduisait à la fois la constance de son parcours et son aptitude à exceller dans les moments décisifs.
À côté de son parcours académique, il s’est également investi très tôt dans la musique. Dès l’âge de huit ans, il a intégré l’école de musique Louis Achille Othello Bayard, fondé par Lubien Macomè, et a évolué au sein de l’Orchestre Destinoble Barrateau de ladite école. Ses instruments de prédilection ont été le saxophone et la flûte à bec.
Études et engagement à Cuba
À la fin de ses études classiques, le choix d’orientation de Ruben n’était pas encore entièrement clair. Il portait un certain intérêt pour le droit, attiré par son goût pour les débats. Mais le rêve de devenir ingénieur était aussi présent, nourri par ses aptitudes en mathématiques et en physique. Ce rêve a commencé à se concrétiser lors de son admission en 2016 à la Faculté des Sciences (FDS) de l'Université d'État d'Haïti, où il a développé un attachement pour le génie civil.
En parallèle, il pratiquait intensément l’espagnol et caressait l’idée de poursuivre des études à l’étranger. Ce projet s’est concrétisé en 2016, lorsqu’il a remporté la première place au concours de bourses d’études pour Cuba, organisé par le Ministère des Affaires Étrangères et des Cultes (MAEC). Il est ainsi parti le 21 septembre 2017 comme boursier de l'État haïtien, dans le cadre de la coopération haïtiano-cubaine.
À la Havane, il a choisi la filière du génie civil, précédée d’une année préparatoire commune à la CUJAE (Université Technologique de La Havane). Le programme, davantage centré surl es bâtiments, les routes et les voies ferrées, lui a permis d’acquérir une solide formation. Durant ses deux premières années, il a obtenu la note maximale dans toutes les matières sauf une, ce qui lui a valu la réputation d’étudiant très brillant.
Il a terminé son cursus avec une moyenne de 9.23/10 et a remporté le prix du meilleur travail lors de la journée scientifique de la Faculté en novembre 2022 grâce à un essai intitulé « Risque sismique : un regard sur le cas haïtien ». En juillet 2023, il a soutenu son projet de fin d’études sur « L’influence de l’interaction dynamique sol-structure sur le niveau de performance et le mode d’effondrement des bâtiments de typologie mixte situés à Port-au-Prince ».
Engagement associatif et solidarité étudiante
Au-delà de ses réussites académiques, le parcours de l’ingénieur Ruben Junior Desrosiers a également été marqué par des expériences humaines déterminantes. Sur le plan académique, il a été profondément impressionné par ses professeurs, accessibles et engagés dans la recherche malgré leurs conditions modestes. Sur le plan extra-académique, son rôle au sein de la Communauté Estudiantine Haïtienne à Cuba (CEHC) a renforcé ses aptitudes en leadership et favorisé une solidarité entre étudiants haïtiens.
Initiateur de la CEHC en décembre 2019, il en a été président à deux reprises, en 2020 et en 2022. Ses responsabilités, définies par la charte de l’organisation, consistaient à assurer son bon fonctionnement interne et à représenter la communauté auprès de l’ambassade d’Haïti à Cuba ainsi que d’autres institutions partenaires.
En effet, à son arrivée à Cuba en 2017, il n’existait aucune structure formelle regroupant les étudiants haïtiens, quelle que soit leur filière, leur statut (boursiers ou autofinancés) ou leur lieu de résidence. Avec la CEHC, cette unité est devenue une réalité. Les liens se sont rapidement créés grâce aux activités organisées : camps d’hiver, journées scientifiques, débats, activités récréatives, entre autre.
Un parcours déterminé vers la spécialisation en structures
À la fin de ses études à Cuba, l’ingénieur Ruben Junior Desrosiers était déterminé à poursuivre son parcours académique et à se spécialiser en structures. Après avoir envisagé plusieurs pistes à l’international, il a finalement retenu le Mexique, en parfaite adéquation avec ses attentes et ses objectifs de formation. La qualité des contenus, l’excellence des enseignants et l’avancement du pays dans le domaine du génie structural et parasismique enrichissent considérablement sa formation.
Dans ce cadre, il poursuit actuellement une maîtrise en génie des structures, un programme de type recherche qui forme des spécialistes capables de comprendre le comportement des structures face à différentes sollicitations et d’évaluer la sécurité des systèmes structuraux. Le cursus offre des bases solides dans les aspects essentiels de l’ingénierie structurale et développe des compétences méthodologiques indispensables pour la recherche, l’innovation technologique et la résolution de problèmes complexes en ingénierie. Ses travaux actuels portent notamment sur la construction en maçonnerie chaînée en Haïti, un champ directement lié à la réduction du risque sismique.
Défis d’un étudiant haïtien à l’étranger
Le parcours de l’ingénieur Desrosiers à l’étranger n’a pas été exempt de difficultés, et deux en particulier l’ont marqué. Le premier concerne l’adaptation culturelle. À Cuba, les interactions sociales étaient beaucoup moins formelles qu’en Haïti, ce qui a exigé un temps d’ajustement. Au Mexique, c’est la gastronomie, très différente de celle à laquelle il était habitué, qui a représenté une difficulté. Heureusement, la courtoisie et l’hospitalité des Mexicains ont largement facilité son intégration. Le second défi touche à ses déplacements vers Haïti : le coût élevé des voyages, combiné à la fermeture prolongée de l’aéroport de Port-au-Prince, rend ses retours particulièrement difficiles.
Perspectives de l’ingénieur Desrosiers sur le génie des structures en Haïti et en Amérique latine
L’ingénieur Ruben Junior Desrosiers observe que plusieurs pays d’Amérique latine, comme le Mexique, le Chili ou le Pérou, ont réalisé des avancées notables dans le domaine du génie des structures. Ils disposent de leurs propres normes de construction et investissent de plus en plus dans la recherche, ce qui se traduit par des ouvrages innovants et de grande hauteur. Cuba, par exemple, a récemment construit son premier hôtel de 42 étages (155 m).
En revanche, il constate qu’en Haïti, la formation en génie civil accorde encore une place réduite au calcul avancé des structures. L’absence de programme de deuxième cycle en structures limite les possibilités de recherche locale dans ce domaine. Le développement de laboratoires spécialisés, la présence de professeurs experts et la consolidation du CNBH, encore à ses débuts, demeurent des chantiers importants pour l’avenir. Selon lui, l’avenir du génie des structures en Haïti dépendra de plusieurs facteurs : la volonté de l’État à investir, mais aussi l’engagement des ingénieurs et spécialistes — en Haïti comme à l’étranger — à contribuer à la recherche et au partage des connaissances.
Concernant le marché de la construction en Haïti, il estime qu’après un certain essor observé dans l’après-séisme de 2010, la situation socio-économique actuelle a fortement réduit la capacité des citoyens à investir. Le marché se trouve probablement à son niveau le plus bas.
Il distingue trois défis majeurs :
- Le manque de contrôle des constructions par l’État et les mairies, qui favorise l’expansion de constructions anarchiques.
- Les mauvaises pratiques constructives, notamment en maçonnerie chaînée, dues à la méconnaissance du guide d'auto-construction du MTPTC ou encore du Code National du Bâtiment Haïtien, ainsi qu’à une compréhension limitée des systèmes structuraux.
- L’utilisation de matériaux de mauvaise qualité, comme l’a montré une étude de Build Change (2016) révélant que les blocs artisanaux produits à Port-au-Prince atteignent en moyenne 3.78 MPa, alors que le guide d’auto-construction recommande un minimum de 10 MPa.
Malgré tout, il note deux évolutions encourageantes : l’existence du CNBH et des guides techniques du MTPTC, qui marquent une étape, ainsi qu’une meilleure prise en compte du risque sismique, avec davantage de constructions en maçonnerie "mieux chaînée", même si les bonnes pratiques restent encore limitées.
Sources d’inspiration
Tout au long de son parcours, Ruben Junior Desrosiers s’est nourri de figures variées qui ont marqué son cheminement personnel, intellectuel et professionnel. Il évoque son père, Énoc Desrosiers, pour son attachement au pays et son exigence constante en faveur de l’excellence. Il se réfère également aux héros de l’indépendance d’Haïti – Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe et Toussaint Louverture – qui demeurent pour lui des modèles de courage et de détermination.
Son horizon intellectuel et politique a été enrichi par les réflexions de Leslie Manigat, dont il a attentivement suivi les interventions, ainsi que par des personnalités comme Jean Fils-Aimé et Samuel Madistin. Dans le domaine de l'ingénierie, il s’inspire des parcours et des travaux de plusieurs ingénieurs et chercheurs haïtiens et étrangers : Reginald Desroches, Samuel Pierre, Patrick Paultre, Steeve J. Symithe, Camy Louis, Cyprien Lubin, Marc-Ansy Laguerre, Wanson Sylvain, Arold Paul, ainsi que Arturo Tena Colunga, co-tuteur de sa thèse de maîtrise au Mexique.
Engagement et leadership
Bien que ses activités académiques limitent encore son implication directe en Haïti, l’ingénieur Desrosiers intervient ponctuellement, notamment à travers des conférences pour des organisations comme Ti Koze sou Konstriksyon et FONCONHA. Il apporte également un soutien individuel à certains étudiants et ingénieurs dans leurs projets. En parallèle, il développe une plateforme personnelle sur les réseaux sociaux, destinée à diffuser des vidéos éducatives gratuites en génie civil et à proposer des mini-cours payants.
Ces expériences de leadership et d’engagement élargissent sans cesse sa compréhension de la complexité du génie civil et renforcent sa conviction de la nécessité d’un apprentissage continu, à la fois théorique et pratique. Elles lui ont aussi montré que les relations humaines, particulièrement entre Haïtiens, peuvent être exigeantes, mais qu’un leadership éclairé, porté par un petit groupe engagé, peut transformer positivement une communauté.
Message aux jeunes et vision pour l’avenir
Aux jeunes Haïtiens qui souhaitent se lancer dans le génie civil, il rappelle l’importance de se démarquer par l’excellence : mettre l’accent sur les matières fondamentales (statique, résistance des matériaux, analyse des structures), et maîtriser les logiciels de calcul structural. Pour ceux qui envisagent des études à l’étranger, il recommande de viser de solides performances académiques depuis en Haïti, condition indispensable pour accéder aux meilleures opportunités. Il insiste également sur la nécessité de garder Haïti en perspective, même depuis l’extérieur, car le développement du pays reste lié à l’avenir de ses étudiants et ingénieurs expatriés.
À moyen terme, il souhaite surtout renforcer son expérience professionnelle et consolider ses acquis dans le domaine. Il espère que son parcours inspire les jeunes Haïtiens à croire en eux et à viser l’excellence. Il leur recommande la lecture du célèbre ouvrage La vocation de l’élite de Jean Price-Mars et les encourage à unir leurs forces dans un esprit de solidarité, en gardant à l’esprit que chacun a un rôle à jouer dans l’édification d’une Haïti plus forte et plus résiliente.
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