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Dr Roodley Nosthé : un parcours académique entre Haïti et l’Europe

Tout commence souvent par un environnement qui nourrit les grands rêves et élargit les perspectives. Grandir dans un cadre fondé sur la discipline, la curiosité intellectuelle et le respect de l’éducation peut ouvrir la voie à des horizons très vastes. Le parcours du Dr Roodley Nosthé en témoigne : celui d’un Haïtien qui, par persévérance et ouverture au monde, a su construire une trajectoire internationale dans le domaine des relations internationales. À travers son parcours académique et ses expériences, il a développé une lecture approfondie des relations entre États, des équilibres de pouvoir et des interactions économiques et politiques à l’échelle mondiale. À cette expertise s’ajoute une autre richesse : sa maîtrise des langues. Il parle couramment le créole, le français, l’anglais et l’espagnol, et possède également des bases en polonais et en portugais brésilien.

Dr. Nosthé, le jour de sa soutenance de thèse de doctorat en France
Dr. Nosthé, le jour de sa soutenance de thèse de doctorat en France

Au-delà de son parcours académique et professionnel, le Dr Roodley Nosthé représente également une source d’inspiration pour de nombreux jeunes Haïtiens. Son cheminement rappelle que, malgré les défis, il est possible pour un jeune issu d’Haïti de se projeter à l’international, de développer une pensée ouverte sur le monde et de contribuer aux grandes réflexions contemporaines.

Carrefour, racines et éveil intellectuel

Originaire de Carrefour, en Haïti, Roodley Nosthé est l’aîné d’une famille de six enfants. Il grandit dans un foyer où le travail, la discipline et le respect des autres occupent une place centrale. Son père, plombier reconnu pour son sérieux et sa détermination, lui transmet très tôt le sens de l’effort et de la responsabilité. Sa mère, engagée dans l’éducation de ses enfants, nourrit chez lui la conviction que l’école est un levier essentiel pour progresser dans la vie. Revenant sur son enfance, il se souvient : “Je m’estime chanceux d’avoir vécu paisiblement en Haïti grâce à un père soucieux et responsable et une mère très engagée. Ils ont fait de leur mieux pour nous offrir un standard de vie satisfaisant dans ce pays difficile”. Inspiré par les réussites académiques de certains membres de sa famille, il développe très tôt le désir de se dépasser et d’atteindre un niveau d’excellence comparable. Comme il le confie lui-même : « Ma mère nous parlait parfois du succès de certains de ses neveux dont l’un est devenu ingénieur et a étudié à la Faculté des Sciences (FDS), et l’autre, plus âgé, a étudié en Europe après de brillantes études en Haïti. Cela m’incitait à donner le meilleur de moi-même pour réussir comme eux. » En tant qu’aîné de sa fratrie, il nourrit également l’ambition de servir de modèle à ses frères et sœurs. Cette volonté de bien faire s’est manifestée tout au long de son parcours par une grande discipline, alliée à une modestie qui continue de le caractériser.

Dr. Nosthé en Pologne en 2014
Dr. Nosthé en Pologne en 2014

Très tôt, il effectue sa maternelle à The Christian Academy, une expérience qui contribue au développement de son ouverture internationale. Il y apprend en anglais et en français et, dans le contexte particulier de l’école, le drapeau des États-Unis d’Amérique était également salué lors de la cérémonie de montée des couleurs. Parmi ses camarades figuraient des élèves issus de divers horizons, notamment deux sœurs jumelles à la peau blanche et aux yeux verts. Ainsi, malgré une diversité relativement limitée dans la société haïtienne de l’époque, son environnement immédiat le plaçait déjà dans un contexte multiculturel. Il se rappelle : « Lorsque mon père ou ma mère m’emmenait à l’école et que nous descendions du tap-tap à la rue des Casernes, juste en face du Palais National, il y avait parfois des soldats américains munis de leurs fusils à côté de leurs Humvees. » Cette anecdote rappelle à quel point les enfants sont de grands observateurs et s’interrogent sur le monde qui les entoure.

Études primaires et secondaires

Roodley effectue son cycle fondamental au Petit Séminaire Collège Saint-Martial avant de poursuivre ses études secondaires au Collège de Côte-Plage. Élève à la fois brillant et dynamique, il se distingue par ses résultats académiques tout en conservant un tempérament curieux et parfois turbulent. Son environnement scolaire et social continue d’alimenter son intérêt pour les langues, l’histoire, la géographie et les relations entre les peuples.

Roodley au Petit Séminaire Collège Saint-Martial
Roodley au Petit Séminaire Collège Saint-Martial

En classe de Seconde, le directeur du Collège de Côte-Plage décide de l’orienter vers la section littéraire nouvellement créée au sein de l’établissement. Cette décision le contrarie d’abord, lui qui rêvait de devenir ingénieur et d’inventer une voiture fonctionnant sans essence ni gasoil. Toutefois, il s’adapte rapidement à ce nouvel environnement et découvre avec intérêt des cours comme l’introduction à la philosophie et l’introduction au droit. Ses professeurs remarquent alors sa capacité à argumenter, son esprit critique et sa ténacité dans les débats. Certains n’hésitent pas à lui dire : « Tu as l’âme d’un avocat. Étudier le droit à l’université serait une excellente option pour toi. » Ces encouragements, combinés à son intérêt grandissant pour les questions de société, contribuent progressivement à renforcer son attrait pour le droit et les relations internationales.

Des études supérieures en Haïti et un tournant après le séisme de 2010

Après ses études secondaires, Roodley entame un parcours académique marqué par des choix déterminants et des opportunités qui orienteront durablement sa trajectoire. Il poursuit d’abord des études en langues vivantes à l’École Normale Supérieure, puis intègre la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l’Université d’État d’Haïti pour entreprendre une licence en sciences juridiques. Durant cette période de formation et de réflexion, la lecture du livre “Né pour gagner” l’aide à mieux comprendre ses aptitudes et à développer davantage son potentiel. Cependant, le tremblement de terre du 12 janvier 2010 vient bouleverser le cours de sa vie. Au lendemain de cette catastrophe, l’Université de Varsovie met en place un programme de bourses destiné aux étudiants haïtiens, à l’initiative du Professeur Józef Kwaterko, spécialiste de la littérature haïtienne et profondément attaché aux liens historiques entre Haïti et la Pologne. Plus qu’une simple mesure d’aide d’urgence, cette initiative visait à offrir à de jeunes Haïtiens l’opportunité de poursuivre et d’achever leurs études dans un environnement académique stable. Grâce à l’excellence de son dossier académique, Roodley figure parmi les étudiants sélectionnés pour ce programme et bénéficie ainsi d’une bourse d’études pour la Pologne.

Professeur Kwaterko
Professeur Kwaterko

Un an après le lancement du programme, les premiers bénéficiaires rejoignent le campus de Varsovie. Cette expérience s’inscrit également dans une histoire plus ancienne entre les deux peuples, qu’il évoque en ces termes : « Il faut rappeler qu’une Légion de soldats polonais est arrivée à Saint-Domingue avec le général Leclerc sous les ordres de Napoléon Bonaparte. Une fois sur place, ils ont refusé de se battre contre nos ancêtres et ont préféré s’allier à eux pour la bataille finale. En signe de gratitude, l’Empereur Jean-Jacques Dessalines leur a accordé la nationalité haïtienne. Les descendants de ces légionnaires vivent dans le Grand Sud, plus précisément à Cazale, Fonds-des-Blancs, Côte-de-Fer, etc. C’est ce décor historique qui a servi de base au programme de bourses dont je suis l’un des bénéficiaires. »

Étudiants Haïtiens et l'ambassadeur de la Pologne Jacek Perling
Étudiants Haïtiens et l'ambassadeur de la Pologne Jacek Perling

Une expérience formatrice en Europe

Arrivé en Pologne en 2011, Roodley poursuit ses études à l’Université de Varsovie, où il obtient une licence puis un master en philologie anglaise, une discipline qui explore la langue à travers sa littérature, son histoire et sa culture. Cette immersion dépasse largement le cadre académique et devient une école de vie. L’adaptation à un nouvel environnement, un nouveau climat et une culture différente, met en lumière sa capacité d’ajustement. Il apprend à s’habiller pour affronter les hivers longs et froids, où, entre septembre et janvier, la lumière du jour se fait rare. Sur le plan académique, les cours étant dispensés en anglais, il s’intègre rapidement sans difficulté.

Étudiants Haïtiens et la Présidente de l'UW
Étudiants Haïtiens et la Présidente de l'UW

Si les Polonais peuvent paraître réservés au premier abord, ils se révèlent chaleureux dès lors qu’un lien de respect et d’intérêt pour leur culture s’établit. De nombreux étudiants s’étaient d’ailleurs portés volontaires pour accompagner les nouveaux arrivants durant leurs premiers mois, facilitant ainsi leur intégration. La cuisine polonaise, généreuse et équilibrée, participe également à cette découverte culturelle. Cette expérience constitue un véritable moment de transformation personnelle et nourrit chez lui plusieurs réflexions profondes sur le développement des nations. Il en retire notamment la conviction que les sociétés solides reposent avant tout sur des citoyens compétents, intègres et profondément attachés à leur pays. L’histoire de la Pologne en est, à ses yeux, une illustration frappante. Bien qu’effacée de la carte pendant plus d’un siècle (1795–1918), la nation polonaise a su préserver son identité, sa langue et sa culture avant de reconstruire progressivement sa prospérité. Sur le plan économique, cette trajectoire est tout aussi remarquable. Lorsqu’il arrive en Pologne en 2011, le produit intérieur brut du pays s’élève à un peu plus de 500 milliards de dollars. Aujourd’hui, il dépasse les mille milliards, plaçant la Pologne parmi les principales économies mondiales. L’observation de cette trajectoire renforce ainsi sa conviction que, malgré les défis auxquels elle est confrontée, Haïti peut elle aussi envisager son avenir avec espoir. Comme il le souligne : « Je suis optimiste quant à l’avenir d’Haïti. Nous sommes certes en retard, mais le cas n’est pas totalement désespéré. »

Jour de soutenance de thèse de maîtrise en Pologne
Jour de soutenance de thèse de maîtrise en Pologne

Enfin, cette expérience amène Roodley à prendre conscience que le monde est bien plus vaste et accessible qu’il ne l’avait imaginé. Arriver en Pologne, apprendre une nouvelle langue, s’adapter à une culture différente et côtoyer des personnes venues de divers horizons élargissent profondément sa vision du monde. Chaque voyage, chaque rencontre et chaque échange culturel deviennent pour lui une occasion d’apprendre et de remettre en question certaines idées préconçues. L’apprentissage du polonais, avec sa structure et sa logique propres, lui révèle notamment que chaque langue porte une manière particulière de comprendre et d’interpréter la réalité. Cette immersion internationale nourrit alors une réflexion plus large : si d’autres pays ont réussi à surmonter des défis économiques, sociaux ou institutionnels majeurs, quelles leçons Haïti peut-elle en tirer ? Cette question devient progressivement l’un des fils conducteurs de son parcours intellectuel et renforce sa conviction qu’Haïti gagnerait à s’ouvrir davantage au monde afin de multiplier les partenariats, les échanges d’idées et les opportunités de développement.

Un parcours doctoral entre vision géopolitique et persévérance en France

Après son expérience en Pologne, Roodley ressent le besoin d’aller encore plus loin sur le plan intellectuel. Depuis plusieurs années déjà, les questions liées à l’histoire, à la géopolitique et aux relations entre les nations nourrissent sa curiosité. Il se fixe alors un nouvel objectif : obtenir un doctorat et approfondir sa compréhension des relations internationales. Cette ambition prend progressivement forme durant ses études de maîtrise en philologie anglaise à l’Université de Varsovie. À travers sa spécialisation en civilisation des États-Unis d’Amérique, il étudie l’histoire, la géographie, la politique, l’économie et la politique étrangère de cette puissance mondiale. Désireux d’élargir encore davantage ses connaissances, il suit également plusieurs cours en relations internationales au Centre d’Études Américaines (Ośrodek Studiów Amerykańskich) de l’Université de Varsovie. Cette formation multidisciplinaire vient renforcer un intérêt déjà éveillé plusieurs années auparavant par ses cours d’introduction aux relations internationales en Haïti.

Une fois sa maîtrise obtenue en 2014, Roodley entreprend des démarches auprès de plusieurs universités françaises afin de poursuivre ses recherches au niveau doctoral. Cette démarche porte rapidement ses fruits lorsque le professeur André Magord, de l’Université de Poitiers, accepte de diriger son projet de thèse. Il s’engage alors dans une aventure académique de longue haleine consacrée à l’étude des relations entre les États-Unis, la Chine et l’Amérique latine. Depuis son adolescence, il observe avec intérêt les transformations politiques de la région, marquées notamment par l’émergence de dirigeants tels qu’Hugo Chávez, Evo Morales, Rafael Correa, Néstor Kirchner ou encore Luiz Inácio Lula da Silva. Alors que les relations entre Washington et plusieurs pays latino-américains se détériorent progressivement, l’influence économique et diplomatique de la Chine ne cesse de croître. Cette évolution l’amène à s’interroger sur les dynamiques de pouvoir qui redessinent les équilibres internationaux.

Ses recherches mettent en évidence les différences d’approche entre les deux grandes puissances. D’un côté, il observe une diplomatie américaine souvent perçue comme plus rigide dans ses relations avec l’Amérique latine depuis la fin de la guerre froide. De l’autre, il analyse la stratégie chinoise, caractérisée par une plus grande souplesse et une adaptation aux réalités propres à chaque pays. Cette réflexion lui permet d’anticiper l’intensification de la rivalité entre Pékin et Washington dans la région: « Après une analyse des dynamiques des deux premières puissances mondiales, j’anticipais un choc à venir entre Pékin et Washington dans cette partie du monde. »

Après neuf années de recherche, de rédaction, de voyages entre la Pologne et la France ainsi que d’échanges constants avec ses directeurs de thèse, Roodley soutient son doctorat le 14 décembre 2023. Le jury recommande la publication de ses travaux, qui sont ensuite acceptés par les Éditions L’Harmattan. Parmi les nombreux thèmes explorés dans sa recherche figurent notamment le pétrodollar, le pétro-yuan, le de-risking, l’instrumentalisation du dollar, le Consensus de Washington, la doctrine Monroe, l’extraterritorialité du droit américain ou encore les mécanismes de la diplomatie économique. L’un des aspects dont il est particulièrement fier est la manière dont sa recherche établit des liens cohérents entre des concepts souvent étudiés séparément, offrant ainsi une lecture plus globale des rapports de force entre les grandes puissances et de leurs répercussions en Amérique latine.

Dr. Nosthé, le jour de sa soutenance de thèse de doctorat en France
Dr. Nosthé, le jour de sa soutenance de thèse de doctorat en France

Cette réussite représente aussi l’un des défis académiques les plus exigeants de son parcours. Réalisée sans financement doctoral dédié et parallèlement à ses activités professionnelles, cette thèse témoigne de sa persévérance et de sa détermination. À travers cette expérience, il retient une leçon simple qu’il aime partager avec les jeunes générations : les rêves les plus ambitieux demandent du temps, de la discipline et de la patience, mais ils demeurent accessibles à ceux qui refusent d’abandonner. Mais au-delà de la réussite académique, cette étape représente surtout une leçon personnelle de résilience et de détermination : « Ce projet demeure l’exercice académique le plus difficile que j’ai eu à réaliser à date. Mais, vouloir, c’est pouvoir. »

Une réflexion sur Haïti et son avenir

Vivre et étudier entre Haïti, la Pologne et la France a permis à Roodley de développer une perspective comparative sur les trajectoires de développement des nations. Cette expérience a renforcé son attachement à son pays d’origine tout en nourrissant une réflexion approfondie sur les défis auxquels Haïti est confrontée. Convaincu que le développement du pays passe par une meilleure compréhension des dynamiques internationales, il considère que sa formation en relations internationales lui offre des outils utiles pour analyser les opportunités et les contraintes qui façonnent la place d’Haïti dans le monde. Selon lui, le pays gagnerait à adopter une diplomatie plus dynamique, capable de diversifier ses partenariats et de défendre plus efficacement ses intérêts sur la scène internationale.

Dr. Nosthé à Cap-Haïtien en 2018
Dr. Nosthé à Cap-Haïtien en 2018

Sa connaissance des relations entre les États-Unis et l’Amérique latine l’amène notamment à réfléchir à la nature des relations entre Haïti et son principal partenaire international. Il estime que celles-ci pourraient évoluer vers des rapports plus équilibrés, davantage fondés sur l’investissement, la coopération économique et le développement mutuel. À ses yeux, Haïti doit être en mesure de mieux identifier les priorités de ses partenaires tout en préservant ses propres intérêts stratégiques. Comme il le souligne : « Haïti doit se repositionner dans le monde en construisant des relations plus équilibrées et en s’ouvrant à de nouvelles opportunités de coopération. »

Roodley plaide également pour une ouverture plus marquée vers d’autres régions du monde. L’Asie et l’Afrique lui apparaissent comme des espaces offrant un fort potentiel de croissance et de nouvelles possibilités de coopération économique, éducative et technologique. L’Europe demeure également un partenaire important, notamment à travers des liens historiques et culturels qui peuvent servir de fondement à de nouvelles initiatives. Son expérience en Pologne lui a notamment montré comment certaines relations historiques peuvent devenir des leviers de rapprochement entre les peuples et de coopération entre les États.

Enfin, Roodley accorde une importance particulière au rôle de la diaspora haïtienne dans l’avenir du pays. Pour lui, celle-ci représente bien plus qu’une source de transferts financiers : elle constitue un vaste réservoir de talents, d’expertises et de réseaux internationaux. Qu’il s’agisse de technologie, d’éducation, d’entrepreneuriat ou d’innovation, la diaspora dispose de ressources humaines capables de contribuer à des projets structurants pour Haïti. Cette mobilisation demeure toutefois étroitement liée à la stabilité du pays. Dans un environnement plus sûr et plus prévisible, il estime que les compétences de la diaspora pourraient être davantage mises au service du développement national à travers des initiatives à fort impact économique, éducatif et technologique.

Un message à la jeunesse haïtienne

À la jeunesse haïtienne, le Dr Nosthé adresse un message à la fois exigeant et porteur d’espoir. Roodley Nosthé estime que réussir des études à l’étranger demande bien plus que de bonnes aptitudes académiques. Il faut apprendre à vivre loin de sa famille, affronter la solitude, gérer les doutes, s’adapter à une nouvelle culture et parfois concilier études et travail afin de subvenir à ses besoins. « Réussir à l’étranger exige une grande force mentale. L’éloignement de la famille, les exigences académiques et, parfois, la nécessité de travailler en parallèle rendent l’expérience difficile », insiste-t-il. Pour lui, la gestion du temps est l’une des clés du succès. Entre les cours, les lectures, les travaux et les responsabilités du quotidien, chaque heure compte. Mais au-delà de l’organisation, il insiste surtout sur la discipline. « Sans une discipline de fer, même le plus brillant des étudiants peut décrocher dans son projet d’études. » Cette discipline devient d’autant plus importante que les études à l’étranger représentent souvent la première expérience d’autonomie complète pour de nombreux jeunes.

Dr. Nosthé en visite à Harvard University
Dr. Nosthé en visite à Harvard University

Aux jeunes intéressés par les relations internationales, Roodley recommande d’adopter une approche stratégique. Contrairement à une idée répandue, il estime qu’il n’est pas indispensable de commencer directement par une licence en relations internationales pour évoluer dans ce domaine. Comme il le souligne : « On n’en parle pas assez, mais un nombre considérable de diplômés dans cette discipline n’arrive pas à trouver de débouchés après leur graduation. » Il encourage plutôt les étudiants à commencer par une licence en géographie, en droit, en sciences informatiques, en sciences comptables et économiques ou encore en défense nationale. Il leur recommande également de lire les grands classiques des relations internationales tels que Samuel Huntington (Le Choc des civilisations), Zbigniew Brzezinski (Le Grand Échiquier), Henry Kissinger, Halford John Mackinder (The Geographical Pivot of History), Nicolas Machiavel (Le Prince) et Emmanuel Kant (Projet de paix perpétuelle). « De plus, ils doivent connaître les grandes théories de cette discipline — réalisme, idéalisme, néoréalisme et constructivisme — et développer une solide culture générale. » Cette base peut ensuite être complétée par une spécialisation en relations internationales. Selon lui, la maîtrise des grands auteurs, des principales théories du domaine et des enjeux contemporains constitue un atout essentiel pour réussir dans ce champ d’études.

Dr. Nosthé lors de sa soutenance de thèse de doctorat en France
Dr. Nosthé lors de sa soutenance de thèse de doctorat en France

Enfin, Roodley rappelle que les relations internationales ne concernent pas uniquement les diplomates ou les chercheurs: « Les relations internationales ne sont plus l’apanage d’un cercle fermé d’experts. Cela nous concerne tous. » À ses yeux, les décisions prises à Washington, Pékin, Bruxelles ou au sein d’organisations internationales ont des répercussions directes sur la vie quotidienne des Haïtiens, qu’il s’agisse du prix du carburant, du commerce international, de l’accès aux financements ou encore des politiques migratoires. Comprendre ces dynamiques permet non seulement de mieux interpréter les défis auxquels le pays est confronté, mais aussi d’identifier des opportunités pour son développement. Il précise toutefois que l’avenir d’Haïti ne repose pas uniquement sur les juristes ou les spécialistes des affaires internationales. Le pays a également besoin d’ingénieurs, de scientifiques, de techniciens et d’innovateurs capables de bâtir les infrastructures, les technologies et les institutions qui soutiennent le développement. Pour lui, c’est dans la complémentarité de ces compétences que réside l’une des clés du progrès national.

Une réponse à “Dr Roodley Nosthé : un parcours académique entre Haïti et l’Europe”

  1. Félicitations à toi Roodley. Espérant maintenant que le monde professionnel sera aussi comblé de succès

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